Face au vide sidéral des urgences vétérinaires, une poignée de bénévoles ligures a décidé d’allumer les sirènes. Des corniches de Menton aux crêtes d’Imperia, l’association Ambulanze Veterinarie ODV déploie une flotte hétéroclite pour sauver chiens de salon et faune sauvage. Chronique d’un SAMU au poil qui compense le manque de moyens par une détermination sans frontières.
Il est 3 heures du matin. Votre labrador suffoque ou votre chat vient de faire un vol plané depuis le balcon du deuxième étage. La panique monte. Si la détresse humaine a le 15, le 112 ou les urgences d’e l’hôpital de la Palmosa à Menton’un commun hôpital, le monde animal, lui, est souvent plongé dans un désert médical nocturne. La galère du propriétaire d’un animal blessé se résume alors à une longue série de coups de fil désespérés : cliniques fermées, répondeurs automatiques, absence cruelle de conseils immédiats et, surtout, aucun service de transport médicalisé. C’est précisément pour colmater cette brèche béante qu’une escouade italo-française a fait le pari d’activer les gyrophares.
Une journée ordinaire, entre Menton et la Ligurie
Le rythme de ces urgentistes animaliers ne connaît ni répit ni douane. Comme le rapporte le quotidien ligure Riviera24 dans un article paru le 13 mars, l’association Ambulanze Veterinarie ODV a récemment dû gérer un pic de tension avec « six interventions en un seul jour entre l’Italie et la France ». Un pont invisible jeté entre la province d’Imperia et le bassin mentonnais, prouvant que la géographie de l’urgence se moque bien des tracés frontaliers.
Opérer sur cette topographie escarpée, entre mer et montagne, exige une logistique que l’association, souvent tributaire de ses propres moyens, tente de muscler. Selon des informations révélées en le 8 février dernier par ce même média, la structure s’est d’ailleurs renforcée avec l’acquisition d’un « nouveau véhicule 4×4 ». Un achat présenté comme indispensable pour s’enfoncer dans l’arrière-pays et récupérer une faune sauvage de plus en plus vulnérable.
Du caniche au chevreuil: le tout-terrain du sauvetage
Car ces urgentistes ne se contentent pas de rassurer les propriétaires de caniches en détresse. L’équipe fait preuve d’une polyvalence bluffante. D’après un fait divers couvert par Riviera24 en janvier 2026, les secouristes ont réussi l’exploit de sauver un chevreuil renversé par une voiture et précipité sur les rochers tranchants de Bordighera. Quelques mois auparavant, en novembre, un communiqué relayé par le journal relatait une autre opération d’équilibriste : le sauvetage conjoint, avec l’appui des pompiers, d’un cervidé tombé d’un pont.
Pour repousser les limites d’un territoire parfois inaccessible, l’association a même tutoyé les nuages. En décembre 2023, la presse locale annonçait l’activation spectaculaire d’un « service d’hélisecours pour animaux » dans la région d’Imperia. Une première qui illustre bien la folle ambition de ces passionnés opérant pourtant avec des bouts de ficelle.
La diplomatie du stéthoscope
Derrière cette armada d’altruisme transfrontalier, on trouve une figure centrale : Igor Cassini. C’est sous sa présidence que ce corps d’intervention, né officiellement en 2022 dans le but exclusif de garantir le bien-être animal, a su tisser une toile institutionnelle inespérée.
Le maillage politique ne s’est pourtant pas fait sans effort. D’après les colonnes de Riviera24 datées de mars 2023, la ville de Bordighera a été la première à essuyer les plâtres en actant une convention officielle pour ce service. L’effet domino institutionnel était lancé : la commune voisine de Vintimille signait sa propre convention de tutelle en novembre 2023, suivie par Pontedassio qui, dans un article paru en février 2024, approuvait à son tour un accord de premier secours pour les animaux domestiques.
Institutionnaliser la compassion
En l’espace de quatre ans, ce qui a commencé comme une poignée de secouristes palliant les failles d’un système est devenu une nécessité indiscutable sur l’arc transfrontalier. L’association compose toujours avec des budgets étriqués et un bénévolat acharné, mais elle a réussi l’impensable : institutionnaliser la compassion. À l’heure où les postes-frontières de Menton ou Vintimille se durcissent pour les hommes, ces ambulances tracent un corridor sanitaire inédit, rappelant au passage que la détresse vitale – qu’elle porte des plumes, des poils ou des écailles – mérite bien un coup de gyrophare.
