À peine installé dans le fauteuil de maire de la cinquième ville de France, le président de l’UDR suscite déjà l’ire des associations environnementales. Au cœur de la discorde : la possible réouverture aux voitures d’un tunnel cyclable clé de la capitale azuréenne, symbole d’un programme assumant le retour en force de l’automobile.
L’ascension aura été rude, semblable à une expédition sur « l’Himalaya par la face nord », selon les propres mots d’Éric Ciotti prononcés au soir de sa victoire, le 22 mars 2026. Mais la redescente vers la gestion des affaires courantes niçoises s’annonce tout aussi escarpée. Fraîchement élu face au maire sortant Christian Estrosi (37,20 % contre 48,54 % des suffrages), le nouveau locataire de l’Hôtel de Ville et de la Métropole Nice Côte d’Azur fait d’ores et déjà face à une levée de boucliers. L’objet du délit ? Un modeste passage souterrain, devenu l’épicentre d’une bataille idéologique sur le partage de l’espace public azuréen.
Le tunnel de la rue du Congrès, ligne de front cyclable
D’après une pétition récemment lancée par l’association Nice à Vélo, la nouvelle municipalité envisagerait de rendre aux automobilistes le mini-tunnel de la rue du Congrès. Cet aménagement, exclusivement réservé aux cyclistes depuis 2020, constitue aujourd’hui un « maillon vital » reliant l’axe Nord-Sud à la très fréquentée Promenade des Anglais.
Pour les militants de la petite reine, cette décision relèverait de la « mise en danger délibérée ». Selon les chiffres avancés dans leur texte militant, l’infrastructure est loin d’être anecdotique : la Métropole y a recensé jusqu’à 1 000 passages quotidiens en période estivale. Fermer cet axe sécurisé forcerait de fait les usagers à se replier sur des trottoirs étroits ou des carrefours saturés. Dans son plaidoyer, l’association pointe également du doigt « l’illusion de la fluidité automobile », rappelant qu’avant même sa piétonnisation partielle, le trafic automobile de ce tunnel avait naturellement chuté de 25 % entre 2012 et 2020. Le rouvrir aujourd’hui, affirment-ils, générerait un « trafic induit », ramenant bruit et pollution au cœur du Carré d’Or.
Contre « les errements d’Anne Hidalgo », le retour de la bagnole
Cette crispation locale n’a pourtant rien d’une surprise. Elle est l’application directe d’une doctrine assumée et détaillée dès l’automne dernier. Dans un long entretien accordé à Nice-Presse le 6 septembre 2025, Éric Ciotti affichait clairement ses intentions : en finir avec ce qu’il nomme les « errements parisiens d’Anne Hidalgo », prétendument transposés à Nice par son prédécesseur.
Le remède ciottiste pour désengorger la ville se veut radical. Toujours dans les colonnes de Nice-Presse, le candidat promettait le rétablissement immédiat du double-sens de circulation pour les voitures sur le quai des États-Unis et Rauba Capeu – chose déjà actée sous Estrosi en octobre 2025 -, quitte à reléguer la piste cyclable sur les trottoirs. Refusant l’aménagement de nouvelles voies dédiées aux vélos « partout où il y aurait un risque de créer des thromboses pour les voitures », il annonçait également un « moratoire total sur la suppression des places de stationnement » et l’instauration de deux heures de parking gratuit pour doper le commerce de proximité.
« Une faute historique » pour Nice à Vélo
Une vision des mobilités qui avait immédiatement fait réagir. Dès la publication de cette interview sur le site de Nice-Presse, l’association Nice à Vélo s’était fendue d’une longue tribune dans l’espace commentaires pour dénoncer l’absence totale de « plan cyclable ».
Les cyclistes y pointaient notamment le danger de ramener les vélos sur les trottoirs des quais, créant de fait des « conflits d’usage entre piétons et cyclistes ». Surtout, l’association reprochait au candidat d’ignorer une réalité sociologique majeure : « un tiers des ménages niçois » ne possède pas de voiture. Pour les militants, faire de la voiture l’alpha et l’oméga du déplacement urbain revient à « tourner le dos aux aspirations d’une ville plus apaisée ». Et de conclure en des termes définitifs : « Revenir sur les avancées cyclables actuelles […] serait une faute historique. »
Climatisation générale et alliances de façade
Cette politique du tout-voiture s’inscrit dans un programme environnemental plus large, récemment passé au crible par le média indépendant Vert dans une enquête du 23 mars. Le journal y relate l’inquiétude grandissante de la sphère associative locale face aux mesures d’adaptation climatique du nouvel édile.
Leur attention se porte notamment sur le plan d’urgence prévoyant l’installation de la climatisation « dans toutes les écoles et crèches ». Sylvie Martin, représentante locale d’Oxfam citée par le pure player écologiste, juge cette promesse « catastrophique ». Les associations redoutent qu’une généralisation de l’air conditionné n’aggrave l’effet « îlot de chaleur » en rejetant l’air brûlant dans les rues de Nice. Du côté du Réseau Action Climat (RAC), on déplore un cruel manque de mesures chiffrées, reléguant les promesses de végétalisation à un simple « embellissement du cadre de vie ».
La rue comme premier contre-pouvoir ?
Tandis que la nouvelle majorité s’apprête à prendre les rênes d’institutions stratégiques sur l’ensemble de la métropole, la résistance s’organise. Toujours selon le média Vert, Oxfam et Greenpeace appellent d’ores et déjà à la mobilisation citoyenne. À Nice, l’ère Ciotti s’ouvre ainsi sur un paradoxe : élu pour fluidifier la circulation, le nouveau maire pourrait bien voir son début de mandat rapidement embouteillé par la mobilisation des défenseurs de l’environnement, bien décidés à ne pas se laisser sortir de la piste.
