Surtourisme : à Nice, l’arme du sarcasme face à une ville devenue « coquille vide »

Le second degré en guise de pancarte. Le Collectif Citoyen 06 détourne la carte postale niçoise pour dénoncer le tourisme de masse. (Crédit : Collectif Citoyen 06)
Le second degré en guise de pancarte. Le Collectif Citoyen 06 détourne la carte postale niçoise pour dénoncer le tourisme de masse. (Crédit : Collectif Citoyen 06)

Costumes de cadres dynamiques, valises à roulettes fermement tenues en main et slogans appelant cyniquement à « sacrifier les locaux » : ce dimanche 7 juin 2026, les opposants au surtourisme ont troqué l’indignation classique pour l’ironie mordante dans les rues de Nice. Derrière la farce, c’est pourtant un profond malaise social, sanitaire et environnemental qui ronge la capitale azuréenne.

« Vive les boîtes à clés », « plus de profits, moins d’écologie » ou encore le glaçant « gardez l’eau pour les touristes ». Comme le rapporte le quotidien Nice-Matin dans son article du 7 juin, c’est avec ces mots d’ordre volontairement absurdes qu’une quarantaine de manifestants du collectif AES (Alliance écologique et sociale) a déambulé, ce dimanche matin, du quai Rauba-Capeù jusqu’à la place Rossetti. Grimés en affairistes cyniques, les participants ont choisi l’arme du sarcasme pour dénoncer une industrie qui, selon eux, étouffe la ville.

L’ironie, pourtant, n’a pas fait rire tout le monde. Toujours selon Nice-Matin, l’humour au second degré du cortège a parfois laissé les passants perplexes, illustrant la tension sourde qui règne autour de ce sujet. « Il n’y a vraiment qu’à Nice que ça ne choquerait pas que des manifestants crient : « Niçois, si t’es pas content, va-t’en, on veut plus de touristes » », grinçait un participant dans les colonnes du quotidien régional.

Le Vieux-Nice, de la carte postale à la « coquille vide »

Si la forme prête à sourire, le fond du dossier est explosif. Dans un long billet d’analyse publié fin mars sur son site, le Collectif Citoyen 06 (CC06) dressait déjà un bilan alarmant. Derrière les 7 millions de visiteurs annuels, la vitrine touristique se fissure. Le collectif y décrit une ville où la pression immobilière est telle que les habitants sont poussés vers la sortie.

Le témoignage recueilli par Nice-Matin auprès de Lou et Vincent, un jeune couple d’étudiants, est à ce titre emblématique : contraints de vivre dans « un cabanon à la Madeleine supérieure », ils illustrent cette jeunesse locale précarisée par l’explosion des meublés touristiques. Pour Camille Sautel, coordinatrice du collectif citée par nos confrères, le diagnostic est sans appel : « Le Vieux-Nice est en train de devenir une coquille vide ».

À cette crise du logement s’ajoute la saturation de l’espace public par un « tourisme festif » de plus en plus décomplexé. Le CC06 pointe du doigt les « barathons », ces tournées alcoolisées nocturnes qui transforment le centre-ville et le quartier du Port en zones de nuisances sonores permanentes. Le collectif dénonce une hyperdensité d’établissements et des terrasses envahissantes où « la règle disparaît au profit du profit ».

L’aéroport, machine à flux et crispations

L’autre nerf de la guerre se joue dans les airs. Selon une publication relayée ce week-end sur la page Facebook Stop Extension Aéroport de Nice, l’infrastructure azuréenne, qui a déjà vu passer 15 millions de passagers en 2025, prévoit d’en accueillir 6 millions de plus à l’horizon 2030 ou 2034, selon les différentes publications associatives. Pour les militants, c’est l’assurance d’une aggravation de la pollution atmosphérique, du bruit et de la diminution des ressources en eau.

La question politique est désormais posée, et tous les regards se tournent vers la nouvelle municipalité. Éric Ciotti, fraîchement installé dans le fauteuil de maire, hérite de cette bombe à retardement. S’il s’est engagé à doubler les effectifs de police municipale sur le terrain — une réponse sécuritaire aux débordements nocturnes —, ses positions sur l’environnement inquiètent fortement les riverains.

Dans un communiqué publié le 22 mai dernier, le Collectif Citoyen 06 fustigeait d’ailleurs l’opposition du nouvel édile aux Zones à Faibles Émissions (ZFE), s’alarmant d’une « stratégie du déni sanitaire et climatique mise en lumière par Eric Ciotti ». En soutenant l’extension de l’aéroport et le projet d’un nouveau port de commerce à l’Ouest, la mairie envoie un signal clair en faveur du développement économique continu.

Entre la relance de la machine touristique et la préservation d’une qualité de vie qui s’érode, la farce de dimanche résonne comme un avertissement sérieux : la valise à roulettes pourrait bien finir par déborder.