Radars en Italie : Pourquoi vous ne pourrez bientôt plus jamais contester vos PV

Un contrôle radar en Italie
Un contrôle radar en Italie

On les croyait menacés d’extinction par un immense vide juridique. Les « broyeuses à permis » ligures viennent pourtant d’obtenir un précieux totem d’immunité de la justice italienne. Pendant ce temps, à la frontière, la gauche dénonce une privatisation vorace où l’essentiel de la manne atterrit dans les poches d’un concessionnaire. Autopsie d’un système qui tourne à plein régime.

Il y a quelques mois, dans ces mêmes colonnes, nous chroniquions la grande débâcle des autovelox de la province d’Imperia. Un Far West juridique où des automobilistes, pincés pour des excès de vitesse de 0,08 km/h, faisaient annuler leurs contraventions à la chaîne, exploitant la nuance sémantique vertigineuse entre un appareil « autorisé » et « homologué ». À Vintimille, Sanremo ou Turin, les maires serraient les dents face à l’hémorragie financière des recours perdus. Mais le vent vient de tourner.

La Cour de Cassation sauve les meubles (et les PV)

Face au chaos et à la fronde des tribunaux de proximité, Rome a décidé de sévir. Comme le rapporte le quotidien ligure Riviera24 dans un article publié hier, le 13 avril, la Cour de Cassation italienne vient tout bonnement de siffler la fin de la récréation.

Par une ordonnance rendue le 27 mars (la n° 7374), la haute juridiction a établi une nouvelle ligne de conduite qui risque de doucher les espoirs des as du volant : « les amendes relevées par les autovelox restent valides même en l’absence d’homologation ministérielle formelle ». Selon les informations de Riviera24, les magistrats estiment désormais que la fiabilité des flashs repose avant tout sur « la soumission aux vérifications de fonctionnalité et au calibrage » annuel de l’appareil.

Ce revirement inespéré, qui contredit une jurisprudence de 2024 (la n° 10505/2024) favorable aux conducteurs, a redonné des couleurs aux élus locaux. Toujours d’après Riviera24, le maire d’Imperia et président de la Province, Claudio Scajola, s’est empressé de brandir cette décision en plein conseil municipal, saluant une ordonnance qui « met de l’ordre » en attendant qu’un décret national sur l’homologation, actuellement sur le bureau de Bruxelles, ne vienne définitivement légiférer sur la question.

À Vintimille, la machine à cash roule pour le privé

Si à Imperia on se réjouit de pouvoir flasher en toute légalité (ou presque), à quelques kilomètres de la frontière française, la pilule a plutôt un goût de racket organisé. Car derrière le vernis de la sécurité routière se cache parfois un modèle économique d’un cynisme absolu.

C’est ce que révèle un autre article paru hier dans Riviera24, qui relaie la violente charge du groupe d’opposition Ventimiglia Progressista. En épluchant une délibération municipale (la determina n° 264 du 30 mars 2026), la gauche locale a mis en lumière une véritable pompe à finances : sur 675 000 euros de sanctions récoltées en seulement deux mois, plus de 405 000 euros ont atterri directement dans les caisses du concessionnaire privé gérant les appareils.

« À Vintimille ça fonctionne comme ça : tu paies les amendes, et c’est le privé qui encaisse l’argent », fustige l’opposition dans les colonnes du média ligure, soulignant au passage que « 6 euros sur 10 sortent des caisses publiques ». D’après ce même communiqué cité par Riviera24, la mairie laisserait sciemment allumés des appareils à l’homologation contestable (et cumulant les recours perdus), mus par une logique de rentabilité. « Le mécanisme est simple : plus tu donnes d’amendes, plus tu gagnes. Même quand tu ne devrais pas », dénonce le groupe politique. Et de conclure, lapidaire : « Ce n’est pas de la sécurité stradale, seulement un système qui transforme les amendes en rente ».

En attendant la grande loi nationale promise par le ministère des Transports italien, conduit par Matteo Salvini, le système des radars ligures a donc de beaux jours devant lui. Sécurisé par la Cour de cassation, biberonné par des contrats de concession aux pourcentages faramineux, le radar transfrontalier n’a plus grand-chose d’un outil de prévention. C’est devenu une industrie lourde. Et l’automobiliste, qu’il roule trop vite ou qu’il tente de contester l’incontestable, en reste le principal actionnaire. Bien malgré lui.