Ponte San Ludovico : commémorer les morts d’une frontière

La frontière de Pont Saint Ludovic

À la frontière, il y a la mer. Le bitume. Les contrôles.
Et puis il y a les morts.

Selon un article publié par Riviera24, l’ANPI (Association Nationale des Partisans d’Italie)– section Gian Cristiano Pesavento – s’est réunie au Ponte San Ludovico, à Ventimiglia, avec des militantes et militants italiens et français, pour commémorer « toutes les victimes de ce morceau de terre et de mer ». Celles et ceux tombés à cause d’un document refusé, d’un permis nié, d’une ligne administrative devenue mur.

Dans son communiqué, l’ANPI affirme avoir été témoin « d’une humanité rejetée, trahie, punie pour le seul motif d’exister sur un territoire différent de celui d’origine ».

Un nom revient : Moussa Balde. « Notre compagnon de route Moussa Balde, ainsi que beaucoup d’autres, ont payé de leur vie le prix d’un système inique qui frappe les personnes faibles et pauvres, celles qui voyagent à contre-courant », écrit l’association. Une liaison en direct a été organisée avec la Guinée Conakry afin que Thierno, le frère de Moussa, puisse assister à la cérémonie. Une manière de se rapprocher. D’atténuer la distance.

Autre absence remarquée : «le Troisième Paradis de Michelangelo Pistoletto, symbole de paix et d’union entre les peuples, retiré du site pour éviter qu’il ne soit endommagé lors du réaménagement de la zone».

Mais le texte va plus loin. Il parle d’un « cancer global », celui de la paranoïa des frontières. Les États-Unis de Donald Trump et les opérations de l’ICE. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu en Cisjordanie et à Gaza. L’Ukraine, où deux peuples proches s’affrontent depuis douze ans pour le contrôle d’un territoire où ils vivaient autrefois ensemble. Et l’Europe, cette forteresse qui ne serait pas épargnée.

L’Italie non plus, selon l’ANPI : un millier de morts en mer qui ne font plus la une, la répression du dissenso qui se banalise, des débats sur la « remigration » pendant que de nombreux jeunes quittent le pays. L’association cite aussi les mots du Pope François : « abattre les murs et construire des ponts ». Et déplore qu’aujourd’hui, on érige des murs ethniques, sociaux, culturels – tandis que le seul pont qui semble mobiliser l’attention politique serait celui du détroit de Messine.

« Le temps nous jugera », conclut le communiqué. En attendant, l’ANPI affirme continuer à soutenir concrètement et moralement celles et ceux qui périssent aux frontières et dans les centres de rétention, et à réclamer justice pour Moussa Balde et sa famille.

À Vintimille, la frontière reste une ligne de tension.