Les membres et les descendants de la Maison de Savoie ne sont pas électeurs et ne peuvent exercer ni fonctions publiques ni mandats électifs.
L’entrée et le séjour sur le territoire national sont interdits aux anciens rois de la Maison de Savoie, à leurs épouses ainsi qu’à leurs descendants mâles.
Les biens situés sur le territoire national appartenant aux anciens rois de la Maison de Savoie, à leurs épouses et à leurs descendants mâles sont dévolus à l’État. Les transferts et constitutions de droits réels portant sur ces biens intervenus après le 2 juin 1946 sont nuls.
La Costituzione, disposizioni transitorie e finali, XIII°
Ainsi s’exprimait la XIIIe disposition transitoire et finale de la Constitution italienne. En quelques lignes, la République issue du référendum de 1946 consacrait l’exclusion politique, territoriale et patrimoniale de la dynastie déchue.
Cette disposition n’est toutefois plus en vigueur. La loi constitutionnelle du 23 octobre 2002, n° 1, a mis fin aux effets des premier et deuxième alinéas, levant l’interdiction d’entrée et la privation des droits civiques.
Des révélations qui fissurent le récit de l’exil
C’est à la lumière de cet héritage juridique qu’il convient d’appréhender les récentes déclarations d’Emanuele Filiberto de Savoie dans les colonnes du Corriere della Sera, paru en début février.
C’est le témoignage de Gustav Thöni qui a rouvert la séquence. Dans les colonnes du Corriere della Sera, l’ancien champion de ski évoque, presque incidemment, la visite que lui aurait rendue Vittorio Emanuele de Savoie au milieu des années 1970, dans son hôtel de Trafoi. Un souvenir présenté comme personnel, sportif — mais qui, replacé dans son contexte constitutionnel, prend une tout autre dimension.
Car à cette date, l’interdiction d’entrée sur le territoire italien pesait toujours sur les descendants mâles de la Maison de Savoie.
Interrogé par le même quotidien, Emanuele Filiberto de Savoie ne cherche pas à minimiser. Il confirme que ces déplacements ont bien eu lieu et élargit même le propos : selon lui, ces passages en Italie furent nombreux au fil des années. Des séjours en Vallée d’Aoste, des passages dans le Piémont, des déjeuners à Turin, des haltes en Sardaigne. Rien de clandestin au sens spectaculaire du terme — plutôt des entrées discrètes, presque ordinaires.
Un exil discret, toléré, presque ordinaire
Il explique que son père, passionné de sport et profondément attaché à l’Italie, refusait de considérer l’exil comme une séparation absolue. Lui-même reconnaît avoir accompagné ces déplacements dans sa jeunesse, malgré l’interdiction formelle encore en vigueur. Ce qui frappe dans son récit, ce n’est pas la dramatisation, mais la banalité : on allait voir des lieux familiers, on déjeunait, on rencontrait des connaissances.
Plus surprenant encore, l’épisode évoqué du survol de l’Italie par Umberto II. L’ancien roi, contraint à l’exil depuis 1946, aurait survolé Turin et Racconigi à basse altitude, sans pouvoir atterrir. Une manière de revoir le pays sans le toucher. Le symbole est puissant : la terre interdite, observée depuis le ciel.
Selon le prince, ces passages n’auraient pas été ignorés des autorités. Des représentants politiques auraient été présents à certaines occasions ; les Carabiniers auraient vu et salué. Si ces affirmations sont exactes, elles dessinent le portrait d’un exil moins hermétique que ne le laissait entendre la Constitution.
Quand la pratique précède le droit
C’est là que le débat s’ouvre en Italie. Car si l’interdiction n’a été formellement levée qu’en 2002, lorsque le Parlement a abrogé les dispositions constitutionnelles concernées, la pratique semble avoir précédé la réforme. En mars 2003, lorsque les Savoie reviennent officiellement en Italie, l’événement est présenté comme la fin d’un bannissement de cinquante-sept ans. Mais à la lumière de ces confidences, ce retour apparaît aussi comme une régularisation tardive d’une situation déjà, de fait, assouplie.
Pour beaucoup d’Italiens, notamment sur les réseaux sociaux, ces révélations interrogent la cohérence entre le principe républicain et son application concrète. Elles n’effacent ni 1946 ni le récit fondateur de la République, mais elles introduisent une nuance : l’exil des Savoie fut peut-être moins un mur infranchissable qu’une ligne progressivement estompée.
Et c’est précisément dans cet écart entre le texte et la réalité que se joue aujourd’hui la discussion.
