Raphaël et Bernini débarquent à Cuneo: et si le plus grand musée de la région était dans le Piémont?

Raffaello Sanzio, Ritratto di Uomo (1502-1504; olio su tavola) © Galleria Borghese. Photo: Mauro Coen
Raffaello Sanzio, Ritratto di Uomo (1502-1504; olio su tavola) © Galleria Borghese. Photo: Mauro Coen

Jusqu’au 29 mars 2026, le Complesso Monumentale di San Francesco à Cuneo se transforme en écrin pour accueillir une sélection de chefs-d’œuvre de la Galleria Borghese de Rome. L’exposition « La Galleria Borghese. Da Raffaello a Bernini. Storia di una collezione » raconte l’histoire fascinante et parfois peu scrupuleuse du cardinal Scipione Borghese, collectionneur passionné et acteur majeur de la Rome baroque.

Ils auraient pu rester sagement accrochés dans leur palais romain, à regarder défiler les touristes. Mais non. Depuis le 22 novembre 2025 et jusqu’au 29 mars 2026, une partie de la célébrissime Galerie Borghèse a pris la route, direction le Piémont. Direction Cuneo, plus précisément, pour investir le Complesso Monumentale di San Francesco avec l’exposition La Galleria Borghese. Da Raffaello a Bernini. Storia di una collezione, organisée sous la direction scientifique de Francesca Cappelletti et Ettore Giovanati.

Un projet culturel ancré dans le territoire

Cette exposition s’inscrit dans un cycle débuté en 2022 par la Fondazione CRC, avec le soutien d’Intesa Sanpaolo et l’organisation de MondoMostre. Après le succès de I colori della fede a Venezia: Tiziano, Tintoretto, Veronese (2022), Lorenzo Lotto e Pellegrino Tibaldi. Capolavori dalla Santa Casa di Loreto (2023) et Canaletto, van Wittel, Bellotto. Il Gran teatro delle città (2024), cette nouvelle étape confirme la volonté de faire du territoire de Cuneo un pôle de production et de diffusion artistique de premier plan.

Scipione Borghese : un cardinal, un prédateur, un génie

Derrière ce titre un brin académique se cache un projet narratif clair : raconter, à travers une sélection pointue de toiles, l’histoire de Scipione Caffarelli Borghese (1577–1633). Ce type, neveu du pape Paul V, n’était pas seulement un cardinal. C’était un requin de l’art, un mec qui avait compris que pour asseoir le pouvoir de sa famille, il fallait s’entourer des plus grands. Un peu comme un rappeur d’aujourd’hui avec ses sneakers hors de prix, mais en version Vatican et en très très grand. Sa collection, constituée avec des méthodes parfois décrites comme « audacieuses » (c’est une façon polie de dire qu’il n’hésitait pas à « emprunter » définitivement des œuvres), allait des antiques classiques aux maîtres de la Renaissance, jusqu’aux innovations les plus fulgurantes du baroque naissant. C’est lui qui a transformé la Villa Borghese en un musée conçu pour abriter et magnifier ses trésors.

Lavinia Fontana, Il sonno di Gesù (1591; olio su rame) © Galleria Borghese. Photo: Mauro Coen

Ce qu’on vient voir à Cuneo: du lourd

Le parcours de l’expo nous plonge dans les choix artistiques du cardinal et de ses descendants. Et qu’est-ce qu’on y voit à Cuneo ? Du lourd. Du très lourd. Des œuvres arrivées directement des salles romaines de la Galleria Borghese.

Parmi les pièces maîtresses exposées, on peut d’ores et déjà citer :

  • Un Raphaël de jeunesse : le Ritratto di Uomo (1502-1504), dont l’attribution est encore discutée mais dont la qualité ne fait aucun doute.
  • Une Lavinia Fontana délicate sur cuivre : Il sonno di Gesù (1591), représentant le sommeil de l’Enfant Jésus.
  • La fameuse Danza Campestre (vers 1601-1602) de Guido Reni, une scène bucolique d’une grâce infinie.
  • Sans oublier des pointures comme Tiziano ou Jacopo Bassano, dont les toiles illustrent la diversité des écoles picturales italiennes rassemblées par Borghese.
Guido Reni, Danza Campestre (1601-1602 circa; olio su tela) © Galleria Borghese. Photo: Mauro Coen

Une expo qui pense une médiation pour tous les publics

Sous le capot, l’opération est solide. Mais ce qui est cool, c’est que les organisateurs ont pensé à tout : l’installation dans l’ex-église San Francesco est écolo, réutilisant les structures des expos précédentes pour réduire l’impact environnemental. Un catalogue scientifique édité par Allemandi, avec des essais d’Ettore Giovanati, Lucia Calzona et Antonio Iommelli, accompagnera la visite pour ceux qui veulent creuser le sujet.

Côté médiation, c’est du sérieux. Audioguides gratuits en français, italien et anglais, avec des parcours différenciés pour adultes et enfants. Visites guidées, conférences, ateliers pour les écoles, activités pour les familles… L’idée, c’est que tout le monde puisse en prendre plein les yeux. Et pour garantir l’accessibilité culturelle à tous, des contenus spécifiques sont proposés, y compris des parcours en Langue des Signes Italienne (LIS). On est loin du musée poussiéreux et élitiste.

Alors, si vous traînez dans le coin d’ici fin mars, foncez. Parce que voir des toiles de la Galerie Borghèse ailleurs que dans son écrin romain, ça n’arrive pas tous les jours.


Infos pratiques :

  • Titre : La Galleria Borghese. Da Raffaello a Bernini. Storia di una collezione
  •  : Complesso Monumentale di San Francesco, Cuneo
  • Quand : Jusqu’au 29 mars 2026
  • Curateurs : Francesca Cappelletti, Ettore Giovanati
  • Source / Lien : Finestre sull’Arte