Le plein de l’angoisse: entre Nice et l’Italie, l’ombre d’une pénurie d’essence

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Alors que le conflit embrase le Moyen-Orient, le détroit d’Ormuz est devenu un bouchon géant. Une nouvelle hausse des prix à la pompe se profile. Dans les Alpes-Maritimes, où l’on zappe volontiers la frontière pour faire des économies, on commence à faire les comptes.

C’est un réflexe bien rodé pour les habitants de la Riviera. Quand le sans-plomb flambe, on regarde du côté de Vintimille. Mais avec la guerre en Iran, ce petit jeu frontalier pourrait perdre de sa superbe. Depuis les frappes du 28 février, le marché mondial de l’énergie tient son souffle. Et sur la Côte d’Azur, l’inquiétude grandit à chaque pompe.

Le choc d’Ormuz

Le cœur du problème, comme le rapporte une analyse du quotidien économique italien Il Sole 24 Ore en date du 3 mars, se situe au niveau du détroit d’Ormuz. Par ce goulet d’étranglement stratégique transitent, selon les données reprises par le journal, « 20% du pétrole mondial », soit 17 à 20 millions de barils par jour, et plus de 30% du gaz naturel liquéfié (GNL). Des chiffres qui donnent le tournis et expliquent la panique.

Car ce lundi 2 mars, comme l’indique un article de RMC paru le 3 mars, la situation s’est brusquement tendue. Non seulement la raffinerie saoudienne de Ras Tanura a été visée, mais surtout, le détroit s’est retrouvé bloqué. Conséquence immédiate : au moins 150 pétroliers sont à l’ancre, prisonniers dans le Golfe Persique.

Une accalmie à 1,76 € le litre? L’illusion d’un conflit stabilisé

Sur la Côte d’Azur, où l’on compare chaque centime entre la France et l’Italie, cette nouvelle fait froid dans le dos. Pourtant, les experts appellent à la mesure, du moins à court terme. Édouard Lotz, dans les colonnes de RMC, explique que la hausse ne sera pas immédiate ni proportionnelle. Il faut compter « un délai de deux à trois semaines » pour que le brut acheté aujourd’hui soit raffiné et distribué. Et surtout, avec une fiscalité qui représente 60% du prix à la pompe, une flambée de 8,5% du brut ne se traduirait « que » par une hausse de 3% à la pompe. De quoi faire passer le litre de gazole de 1,71 € à environ 1,76 €.

Un scénario presque rassurant… mais qui repose sur l’hypothèse fragile d’une stabilisation rapide du conflit. Or, comme le souligne le responsable d’Omnegy, « si la situation perdure, les prix vont continuer à monter. On pourrait facilement dépasser les 100 dollars le baril ».

Des répercussions pour les consommateurs

L’effet domino a été foudroyant sur les marchés. Édouard Lotz, responsable recherche et analyses marchés chez Omnegy, cité par RMC, observe que le cours du baril de brent a bondi de plus de 8% à l’ouverture, passant de 72 dollars vendredi soir à plus de 80 dollars lundi.

Mais au-delà du brut, c’est tout l’édifice des prix qui tremble. En Italie, la situation est déjà jugée critique par les acteurs économiques. Il Sole 24 Ore rapporte que la Bourse de Milan a clôturé en chute de 2%, tandis que le prix du gaz à Amsterdam s’est enflammé, avec une hausse vertigineuse de 39% pour atteindre 44,5 euros du mégawattheure, du jamais-vu depuis octobre 2022. Une envolée que le quotidien qualifie de « solo l’inizio » (ce n’est que le début), renforcée par l’arrêt de production sur le méga-site qatari de Ras Laffan.

De l’autre côté des Alpes, l’association de consommateurs Codacons, citée par le journal, tire déjà la sonnette d’alarme. Elle évoque « une nouvelle douche froide pour les familles », prévenant que l’augmentation des carburants, déjà sensible, ne va faire qu’empirer et se répercutera sur les factures et les prix des produits transportés. Aurelio Regina, délégué national pour l’Énergie de Confindustria, interrogé par le journal, appelle d’ailleurs à une approbation « en urgence » d’un décret Énergie pour contrer le choc.

Un approvisionnement moins dépendant, une inquiétude bien réelle

Il y a toutefois une bouffée d’air pour les usagers niçois et du 06. La France, comme l’Italie, ne dépend que marginalement du Golfe Persique (moins de 15% des importations). Nos raffineries puisent davantage aux États-Unis, en Norvège ou en Algérie. Les pays asiatiques, eux, captent 80% du brut de la région.

Mais dans une économie mondialisée, l’isolement est un leurre. « Si la Chine ou le Japon se tournent vers nos fournisseurs habituels pour compenser le blocage d’Ormuz, la demande globale explosera et les prix suivront, partout », analyse-t-on du côté des experts. Le ministre italien de la Défense, lors d’une communication aux commissions parlementaires reprise par Il Sole 24 Ore, a d’ailleurs prévenu : une simple réduction perçue du trafic suffit à créer un effet immédiat sur les prix et à faire flamber les coûts des transports de « 30 à 40% ».

Pour l’instant, les réserves stratégiques nationales (l’équivalent de 90 jours d’importation) constituent un matelas. Mais à Nice, comme à Vintimille, l’automobilier regarde l’aiguille de la jauge avec un peu plus d’anxiété. La guerre est loin, mais ses effets, eux, sont déjà au bord de la route.