À peine la flamme des Jeux d’hiver de Milano-Cortina 2026 éteinte, le triumvirat Turin-Milan-Gênes se met en ordre de bataille pour rafler l’édition estivale de 2036. Une union sacrée transalpine qui contraste singulièrement avec la poudrière azuréenne, où le nouveau maire Éric Ciotti tente de remodeler au forceps le casting des Jeux d’hiver 2030. Chronique d’une folie des grandeurs à deux vitesses sur l’arc alpin.
L’appétit olympique vient indéniablement en mangeant. Alors que l’Italie du Nord vient tout juste de digérer l’organisation des Jeux d’hiver 2026, voilà qu’elle remet le couvert. D’après un communiqué de presse officiel de la mairie de Turin diffusé ce matin, une candidature unitaire pour les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2036 (ou 2040 en cas d’échec) vient de naître. Un projet colossal qui réunit les régions du Piémont, de la Lombardie et de la Ligurie.
Le « triangle olympique » ou l’union sacrée à l’italienne
Fait rarissime de l’autre côté des Alpes, l’ambition sportive a réussi le tour de force de gommer les clivages partisans. Comme le rapporte le quotidien Il Fatto Quotidiano (marqué à gauche et souvent prompt à critiquer les grands travaux), un front commun inédit s’est constitué. Autour de la table, on retrouve un attelage politique hétéroclite : les maires de centre-gauche Giuseppe Sala (Milan) et Stefano Lo Russo (Turin), aux côtés de la nouvelle maire de Gênes Silvia Salis (issue du monde sportif). Face à eux, les droites régionales font bloc avec Marco Bucci (président de la région Ligurie), Alberto Cirio (président du Piémont, centre-droit) et Attilio Fontana (président de Lombardie, Ligue-Salvini).
Sur les réseaux, Silvia Salis – maire de Gênes -, a déclaré : « Les bases sont là, l’expérience aussi. Trois villes et trois régions, fortement interconnectées entre elles, nous permettent déjà d’envisager une candidature qui peut être durable sur les plans économique et environnemental, tout en valorisant la spécificité de chaque territoire. ». Selon les informations relayées par le pure-player local GenovaToday, l’heure est pour le moment à l’instruction, avec la création d’un groupe opérationnel composé des six chefs de cabinet pour convaincre le Gouvernement et le Comité Olympique National Italien (CONI).
Le dogme des « Jeux diffus » pour séduire le CIO
Pour éviter le naufrage financier et répondre aux nouvelles exigences écologiques du Comité International Olympique, l’Italie mise sur la carte du recyclage. Le grand quotidien turinois La Stampa souligne que l’objectif est de s’appuyer sur des « Jeux diffus ». Il s’agira de limiter au strict minimum les nouvelles constructions en capitalisant sur l’existant.
Au micro de ToRadio, cité par La Stampa, le maire turinois Stefano Lo Russo justifie cette candidature par un savoir-faire éprouvé : « Les récents grands événements, des Jeux aux ATP Finals, démontrent que nous sommes doués pour les organiser. » Un optimisme partagé par les présidents des trois régions qui vantent, dans le même journal, une macro-région allant « de la montagne à la plaine, des collines à la mer ». Reste à savoir si l’expérience parfois chaotique des chantiers de Milano-Cortina 2026, pointée en demi-teinte par le communiqué turinois lui-même, servira véritablement de leçon.
À Nice, le palais des glaces de la discorde
Pendant que l’Italie joue la carte de la cohésion, l’ambiance est nettement plus glaciale sur la Côte d’Azur. L’attribution des JO d’hiver 2030 aux Alpes Françaises se heurte à la realpolitik locale. Comme l’a révélé l’antenne locale du service public France Info (ICI Azur), le nouveau maire de Nice Éric Ciotti a réaffirmé, lors d’une rencontre vendredi avec le patron de l’organisation Edgar Grospiron, son « ardente volonté que les Jeux aient lieu à Nice », tout en posant ses lignes rouges.
Le point d’achoppement ? L’Allianz Riviera. D’après le quotidien Nice-Matin, l’édile refuse catégoriquement le projet initial du comité d’organisation qui prévoyait de recouvrir le stade de football d’un toit éphémère pour y installer la patinoire de hockey. « Son coût exorbitant » et le fait que l’OGC Nice « ne peut pas aller jouer à l’extérieur pendant six mois » justifient ce véto, souligne le journal.
Face au risque de voir les épreuves de glace fuir vers Lyon, les ego ont dû s’apaiser. France Info précise que Renaud Muselier, président macroniste de la région PACA et artisan de la candidature, tente de trouver des « points de convergence » avec son rival politique. Si le hockey cherche encore son refuge — une « importante réunion technique » est prévue le 17 avril selon Nice-Matin —, Éric Ciotti a d’ores et déjà validé l’idée d’une nouvelle patinoire dans la Plaine du Var pour le patinage artistique.
« Nous voulons l’intégralité de ce qui était prévu à Nice, dont la cérémonie de clôture », a martelé le maire azuréen sur ICI Azur. D’un versant à l’autre des Alpes, la géopolitique sportive nous livre deux partitions opposées : quand l’Italie panse ses divisions en promettant l’été, Nice s’écharpe pour sauver son hiver.
