Depuis ce lundi 13 avril, le tunnel de Tende s’est muré dans un silence total, coupant net la circulation routière entre le Piémont et la Roya pour deux semaines. Alors que les pelleteuses s’attaquent enfin aux épingles côté français, la grogne monte de l’autre côté des Alpes. Les élus locaux dénoncent une politique de façade et fustigent l’absence cruelle de renforts sur l’alternative ferroviaire. Une paralysie qui rend d’autant plus absurde le récent triomphe diplomatique autour de la ligne Coni-Vintimille.
Une amputation routière pour dompter les lacets français
L’arc transfrontalier est de nouveau sectionné. Comme l’indique une notice lapidaire publiée ces jours-ci sur le site officiel de l’infrastructure, le tunnel de Tende est totalement fermé à la circulation depuis le lundi 13 avril, et ce jusqu’au vendredi 24. Le motif invoqué par les autorités ? Permettre « l’exécution d’une phase de travaux sur les lacets en France qui ne peuvent être réalisés qu’en l’absence de circulation ».
En clair, comme le détaille une enquête publiée ce 13 avril par nos confrères transalpins de Targatocn, l’objectif est de réduire la voilure des célèbres virages en épingle à cheveux — passant de quatre à deux — dans l’espoir ténu de tenir les délais d’achèvement fixés à l’automne prochain. Près d’un an après l’inauguration en grande pompe du nouveau tunnel par les ministres Matteo Salvini et Philippe Tabarot, la normalité relève toujours du mirage. Les automobilistes, jusqu’ici astreints à des convois au compte-gouttes sous l’œil vigilant des safety cars, se retrouvent désormais face à un mur.
Fronde piémontaise et millions fantômes
Face à ce nouveau verrouillage, le vernis institutionnel se craquelle. Dans une lettre ouverte décortiquée par Targatocn, la députée du Partito Democratico (PD) Chiara Gribaudo tire à boulets rouges sur l’exécutif régional piémontais et son adjoint aux transports, Marco Gabusi. La charge est féroce : selon l’élue, les décideurs sortent leur « beau costume pour couper les rubans, mais ne pensent pas aux citoyens ».
Au-delà de la pique symbolique, la parlementaire met le doigt sur une plaie béante : l’absence chronique de financements pour la rénovation du tube historique indispensable pour fluidifier le trafic. Ce trou dans la raquette ne surprendra pas les lecteurs assidus de zAlp. Comme nous le révélions dès le 10 mars dernier, en nous appuyant sur un rapport au vitriol de la Cour des comptes italienne, 9,9 millions d’euros manquent toujours à l’appel, perdus dans les limbes bureaucratiques du ministère de Salvini, compliquant toute perspective d’élargissement.
L’aberration d’un rail ostensiblement snobé
Mais le véritable scandale de cette paralysie printanière se joue sur les rails. Toujours selon le manifeste de Chiara Gribaudo cité par le média piémontais, la demande pressante d’intensifier la cadence des trains durant cette fermeture routière « h24 » s’est heurtée à un refus catégorique. Une inaction justifiée par les autorités régionales par l’absence de « grands événements » nécessitant un tel dispositif. Un argumentaire comptable qui balaie d’un revers de manche le quotidien précaire des travailleurs et des étudiants pendulaires.
Cette myopie institutionnelle apparaît d’autant plus ubuesque si l’on se replonge dans nos propres archives. Pas plus tard que le 31 mars dernier, zAlp célébrait la ratification définitive, par l’Assemblée nationale française, de la nouvelle convention bilatérale pour l’exploitation de la ligne ferroviaire Coni-Breil-Vintimille. Un vote encensé par l’ancien ministre Philippe Tabarot comme une « journée historique », censée garantir des trains plus rapides et plus fiables grâce à une répartition clarifiée des déficits. Pourtant, à l’heure où l’asphalte se dérobe, l’urgence ferroviaire, elle, reste désespérément à quai.
En conclusion
Aujourd’hui, l’histoire bégaie sur les pentes de la Roya. La France et l’Italie ont beau avoir paraphé la paix des braves sur le papier ferroviaire et posé pour la postérité à l’entrée du tunnel, la réalité du terrain demeure implacable. En refusant d’activer le levier du train comme véritable pont de secours pendant l’asphyxie routière, les pouvoirs publics démontrent que le désenclavement des Alpes-Maritimes et de la province de Cuneo souffre moins de la fatalité géologique que d’une paralysie politique aiguë.
