Ils se sont connus, aimés et fédérés. Mercredi 4 mars, Christian Estrosi et Eric Ciotti ont livré un débat d’une rare agressivité sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un face-à-face pour les municipales niçoises où les « je sais qui tu es » ont remplacé les programmes, sous le regard médusé des électeurs et des candidats de gauche.
C’était censé être la grand-messe démocratique du premier tour. Un débat à quatre, sur le service public. Il restera comme le théâtre d’un règlement de comptes privé. Comme le rapporte France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’échange a rapidement dévié en pugilat entre les deux poids lourds de la droite locale. Le maire sortant Horizons, Christian Estrosi, et le député UDR (allié au RN), Eric Ciotti, ont laissé éclater au grand jour une haine que dix ans d’amitié politique ne suffisent plus à contenir.
La punchline qui tue, l’étiquette qui fâche
Le moment de grâce (ou de gêne, c’est selon) est survenu lorsqu’Eric Ciotti a tenté d’épingler son adversaire sur son passé sarkozyste. Sa cible riposte immédiatement. « Vos mensonges, je les connais. Vous êtes lepéniste, monsieur Ciotti », a lancé Christian Estrosi, selon les termes rapportés par France 3 Régions. L’insulte suprême dans cette ville de la cinquième circonscription des Alpes-Maritimes. L’accusation a fait mouche, résumant à elle seule la ligne de crête de cette campagne : pour Estrosi, Ciotti a trahi la droite gaulliste ; pour Ciotti, Estrosi n’est qu’un apparatchik sans foi.
Le malaise, palpable, a été amplifié par la présence des deux représentantes de la gauche, Juliette Chesnel-Le Roux (soutenue par le PS, les Ecologistes et le PCF) et Mireille Damiano (LFI). Reléguées au rang de spectatrices de ce psychodrame masculin, elles ont tenté, sans grand succès, de ramener le débat sur le fond. Un instantané cruel d’une campagne où, comme le souligne un article de Franceinfo du 4 mars, la gauche semble condamnée à endosser un costume d’arbitre entre deux frères ennemis.
Sondages contraires et coups bas statistiques
Car au-delà des invectives, il y a une réalité chiffrée, aussi floue que disputée. A deux semaines du scrutin, les Niçois peuvent voter au doigt mouillé : les enquêtes d’opinion se contredisent. Un récent sondage Opinionway, réalisé pour le think tank Hexagone (financé par Pierre-Edouard Stérin, un proche de l’extrême droite, précise Franceinfo), donnait Eric Ciotti largement vainqueur, creusant un écart à 18 points.
De quoi faire bondir le camp Estrosi. Selon le site actu.fr, qui a compilé les études parues en janvier et février, les tendances varient. Si Ciotti est constamment donné en tête au premier tour (entre 38 et 45%), l’écart avec le maire sortant (27 à 32%) fluctue dangereusement. Les sondeurs s’accordent cependant sur un point, comme l’indique Franceinfo : en cas de triangulaire ou de quadrangulaire au second tour, la dynamique pourrait s’inverser, rendant l’hypothèse d’une victoire de Ciotti bien moins certaine. De quoi justifier, aux yeux des deux camps, la guerre d’usure permanente.
Le programme ? Une formalité
Dans ce climat délétère, les mesures concrètes peinent à émerger. Pourtant, elles existent. Franceinfo les a détaillées le 4 mars. Christian Estrosi mise sur la sécurité (10 000 caméras, 1000 policiers municipaux) et le social (repas à 3 euros pour les seniors). Eric Ciotti promet la même fermeté (brigade antisquat, doubles effectifs de police) mais attaque la « mauvaise gestion financière » de son prédécesseur, tout en promettant de baisser la taxe foncière. A gauche, Juliette Chesnel-Le Roux propose l’encadrement des loyers et la gratuité des transports, tandis que Mireille Damiano veut exproprier les logements vacants et limiter les navires de croisière.
Des propositions qui semblent presque anecdotiques, noyées sous le flot des attaques personnelles. Comme le souligne un cadre LR cité par Franceinfo, même l’ex-épouse du maire, Dominique Estrosi-Sassone, figure sur la liste Estrosi, ajoutant une couche de complexité à ce feuilleton niçois.
Sur le plateau de France 3, le malaise était tel que l’on en venait presque à oublier que le but du jeu est de gérer une ville de 350 000 habitants. Mais à Nice, en cette fin d’hiver, la campagne a des allures de série Netflix : addictive, violente, et parfaitement irregardable en famille. Le 15 mars, les électeurs devront pourtant choisir leur camp. Ou, du moins, celui qui leur semblera le moins toxique.
