Imperia : relier Porto Maurizio à Oneglia en 7 minutes et sans conducteur

L'une des trois navettes automatiques qui relient Oneglia à Porto Maurizio.
L'une des trois navettes automatiques qui relient Oneglia à Porto Maurizio. Photo: Comune di Imperia.

Un siècle après sa création par décret mussolinien, la cité ligure tente de recoudre ses deux cœurs, Porto Maurizio et Oneglia, grâce à une expérimentation de navettes autonomes. Un saut technologique censé effacer les frontières mentales d’une ville née d’une volonté politique plus que populaire.

C’est un serpent d’asphalte sans chauffeur qui s’apprête à glisser entre les façades colorées de la Riviera du Ponant. À Imperia, l’heure n’est plus à la simple circulation, mais à l’automation. La nouvelle est tombée comme un soulagement administratif : le ministère des Transports italien a enfin donné son « via libera » (feu vert). Dans un article paru en mars 2026, le média local Riviera24 confirme que la cité a reçu l’autorisation ministérielle indispensable pour lancer l’expérimentation de ses navettes sans conducteur, une étape que le titre qualifie de décisive pour la mobilité urbaine.

De Porto Maurizio à Oneglia en sept minutes

Le dispositif n’a rien d’un gadget de salon technologique. Comme le rapportait le média transfrontalier Nos Alpes dans son édition du 17 mars 2026, le service est désormais composé de trois véhicules, dont le dernier arrivé arbore fièrement la livrée de la municipalité. Pour le maire d’Imperia, Claudio Scajola, cité dans le communiqué officiel de la ville, l’enjeu dépasse le simple transport : « Il s’agit d’un acte décisif pour atteindre un objectif important pour la ville : intégrer le service à la piste cyclable et alléger le trafic urbain. »

Sur le bitume, ce « pont intelligent » promet de relier Porto Maurizio et Oneglia en seulement sept minutes. À une vitesse maximale de 25 km/h, ces navettes à basses émissions peuvent transporter environ 15 passagers par voyage. Mais l’humain n’est pas totalement évincé : des stewards spécialement formés seront présents à bord. Comme le précise l’adjoint Gianmarco Oneglio, leur mission sera d’accompagner les usagers et de fournir des informations, marquant un « pas en avant significatif vers la pleine opérativité du service ».

Le calendrier est déjà calé : après une cartographie numérique du parcours et des tests sur les feux de signalisation, deux véhicules circuleront en mode manuel dès le 23 mars, avant que le trio ne passe en autonomie complète le 1er avril.

L’Impero, ou le baptême par l’eau

Pour comprendre l’enjeu de ces quelques kilomètres de bitume, il faut plonger dans les eaux de l’Impero. C’est ce fleuve, modeste par le débit mais immense par le symbole, qui a donné son nom à la ville créée de toutes pièces en 1923. Car Imperia est une construction, un mécano politique imposé par le haut. Avant le décret royal de Victor-Emmanuel III et la main de fer de Benito Mussolini, il n’y avait qu’une rivalité séculaire.

D’un côté, Porto Maurizio, l’élégante, historiquement tournée vers Gênes et protégée par sa ligue maritime. De l’autre, Oneglia, l’industrielle, fief historique de la maison de Savoie, profondément ancrée dans la tradition piémontaise. Deux mondes, deux patois, deux ports que tout séparait. L’unification, décidée dans les bureaux romains par le décret du 21 octobre 1923, ne fut pas réclamée par la base. Au contraire, les populations locales, jalouses de leurs prérogatives et de leurs identités respectives, virent d’un œil méfiant cette fusion forcée. Le nom « Imperia », emprunté au cours d’eau qui sépare les deux centres, fut choisi comme une solution de neutralité géographique pour tenter de masquer une fracture culturelle béante.

Recoudre la déchirure

Aujourd’hui, la navette automatique vient symboliquement parachever ce que la politique avait initié par la loi. Si l’unification fut administrative, la cohésion physique reste un chantier permanent. En reliant les deux pôles par une technologie de pointe, Imperia cherche à effacer la rupture physique marquée par l’Impero.

Comme le souligne le portail officiel comune.imperia.it, l’ambition est de faire de la cité un laboratoire de la « smart city ». Mais derrière le jargon des ingénieurs se cache une réalité plus historique : celle d’une ville qui, un siècle après avoir été contrainte à l’union, cherche enfin sa fluidité. Ces trois véhicules sans chauffeur, dont Nos Alpes confirme la mise en service imminente, portent sur leurs capots électroniques l’espoir d’une identité enfin réconciliée.

Pour l’instant, les navettes avancent avec la prudence du testeur. Mais à Imperia, on sait que le temps long est la seule mesure qui vaille. Après tout, il a fallu des siècles pour que Oneglia et Porto Maurizio partagent le même nom ; il ne faudra sans doute que quelques mois pour qu’elles partagent le même trajet, cette fois-ci sans que personne ne soit obligé de tenir le volant pour forcer le passage.

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