La machine à contraventions ligure vient de recevoir une nouvelle onction administrative. Alors que les automobilistes français et italiens bataillent encore devant les tribunaux pour contester la validité de leurs PV, l’État italien bétonne le terrain de chasse. Comme le rapporte le quotidien Riviera24 dans une publication du 25 mai 2026, la préfecture d’Imperia vient d’édicter deux décrets validant la géographie des tronçons routiers où le contrôle de vitesse automatisé — sans contestation immédiate du conducteur — est autorisé.
Le grand ménage préfectoral
Signé le 19 mai par le préfet Antonio Giaccari, le premier de ces actes vise à mettre de l’ordre dans le maquis des radars de la province. Selon les informations révélées par Riviera24, ce toilettage général répondait à une nécessité : s’aligner sur les nouvelles modalités d’utilisation des dispositifs dictées par le décret du ministère des Infrastructures et des Transports du 11 avril 2024.
Sur la base de la sinistralité et des recommandations de la police routière, la préfecture a donc cartographié les points critiques. D’après le détail fourni par le média italien, l’incontournable Aurelia est particulièrement quadrillée, des communes d’Ospedaletti et Bordighera jusqu’à Imperia et Cipressa. Sont également confirmés les contrôles sur la variante de Sanremo, la route nationale de Vintimille ou encore la provinciale 64 dans la vallée de la Nervia, du côté de Dolceacqua.
Le « couac » très vite réparé de la Roya
Mais dans cette grande distribution de permis de flasher, des machines particulièrement redoutées manquaient à l’appel. Les autovelox de l’arrière-pays, installés sur la route nationale 20 du Col de Tende et de la vallée de la Roya, avaient tout bonnement été exclus du premier décret. Un simple « disguido tecnico » (dysfonctionnement technique), précise Riviera24.
Une anomalie que les autorités n’ont pas tardé à corriger. Un second décret, promulgué trois jours plus tard, le 22 mai, a réintégré en urgence ces trois tronçons stratégiques (en direction de Porra, Vintimille et Trucco). D’après le communiqué préfectoral cité par nos confrères, cette réparation express fait suite à une requête directe formulée dès le 19 mai par la police locale de Vintimille. On comprend leur empressement.
L’emplacement validé, le tiroir-caisse sécurisé
Cette clarification purement topographique intervient en effet dans un climat particulièrement électrique pour le porte-monnaie des usagers transfrontaliers. Il est utile de rappeler, comme nous l’écrivions dans nos colonnes de zAlp le 14 avril dernier, que la Cour de Cassation italienne a récemment offert un véritable totem d’immunité aux municipalités, en estimant que les amendes restaient valides même si le radar ne bénéficiait pas d’une homologation ministérielle formelle.
À Vintimille, la sécurisation des emplacements par la préfecture garantit surtout la pérennité d’un système financier implacable. D’après une enquête de l’opposition locale (Ventimiglia Progressista) relayée ce printemps par Riviera24, le modèle s’apparente à une privatisation vorace : sur 675 000 euros de sanctions récoltées en l’espace de deux mois, plus de 405 000 euros ont filé directement dans les caisses du concessionnaire privé exploitant les radars.
En conclusion, si la justice et Rome doivent encore trancher le nœud gordien de l’homologation technique des appareils, la préfecture d’Imperia vient de verrouiller le lieu de l’infraction. Pour les travailleurs frontaliers et les touristes de la Riviera, l’étau se resserre. La traque est désormais légale, parfaitement géolocalisée et la machine à cash, elle, a de nouveau le champ libre pour tourner à plein régime.
