Coup de frein définitif : la Riviera ligure met son grand prix historique au garage

Vertige mécanique sous le ciel ligure. Si l'image ravive le frisson des cylindrées d'antan filant vers le drapeau à damier, la mythique course transalpine restera, cette année, un mirage
Vertige mécanique sous le ciel ligure. Si l'image ravive le frisson des cylindrées d'antan filant vers le drapeau à damier, la mythique course transalpine restera, cette année, un mirage

L’édition 2026 de la Rievocazione Storica Motociclistica n’aura pas lieu. Entre un asphalte ligure transformé en champ de mines et un dialogue de sourds avec les opérateurs télécoms, la cité des roses sacrifie son événement identitaire. Plongée dans un fiasco infrastructurel qui prive l’arc transfrontalier d’un joyau mécanique.

Le glas a sonné pour les deux-roues sur la côte ligure. Prévue les 19 et 20 septembre prochains, la IXe Rievocazione Storica Motociclistica du circuit d’Ospedaletti restera au garage. Comme l’a laconiquement annoncé le site officiel du Circuito Ospedaletti dans un communiqué de la première heure, l’organisation a dû se résoudre à jeter l’éponge, pointant du doigt la poursuite des travaux de l’ANAS liés au projet de bande ultra-large. Mais derrière la façade d’un simple conflit de calendrier de voirie, la réalité du terrain dessine une crise bien plus profonde pour cette commune frontalière qui perd l’un de ses moteurs touristiques.

Du bitume au « champ de patates »

Si la fibre optique a le dos large, elle n’est que la goutte d’eau qui fait déborder le carter. Selon une enquête fouillée du journaliste Jacopo Gugliotta, publiée le 12 juin sur le média Riviera24, l’impraticabilité du circuit relève d’un délabrement quasi généralisé. Le président du Comité d’organisation, Jug Cardone, y fustige une communication municipale initiale maladroite : « Les travaux de la fibre sont une circonstance aggravante. Le problème est beaucoup plus vaste ».

Et le diagnostic rapporté par nos confrères italiens fait froid dans le dos pour quiconque espérait lancer des machines de collection à pleine vitesse : asphalte ruiné sur le secteur du Piccadilly pourtant refait il y a deux ans, nids-de-poule et bosses dangereuses à la courbe de Gilberto ou au carrefour de Coldirodi, plaques d’égout transformées en tremplins. D’après les confidences glanées par Riviera24 auprès de l’entourage du comité, la vérité est crue : « Le circuit est un champ de patates ». Avec une responsabilité légale écrasante en cas d’accident, les organisateurs ne pouvaient plus fermer les yeux. Maintenir l’événement avec un asphalte en tel état obligerait à brider la vitesse à 50 km/h, transformant cette course de légende en une parade anémique derrière un safety car.

La fibre de la discorde et le bras de fer municipal

Face à la fronde naissante et aux critiques acerbes d’habitants dénonçant, dans des lettres ouvertes à la presse, un manque flagrant de programmation touristique face à des concurrents comme Vallecrosia, la mairie a dû monter au créneau. Dans une longue mise au point officielle publiée hier, 15 juin, et relayée par Riviera24, l’administration du maire Daniele Cimiotti a tenu à clarifier sa position face aux sous-entendus d’Open Fiber. L’opérateur laissait entendre qu’un simple report des travaux aurait suffi. Une « position réductrice » tacle sèchement le Palais communal.

D’après le communiqué de la municipalité, le nœud du problème réside dans l’absence totale de garanties écrites. Alors que l’ANAS venait de refaire à neuf 30 % du tracé (soit plus d’un kilomètre), les pelleteuses de la fibre ont tout éventré. La mairie affirme avoir multiplié les réunions pour exiger un plan de restauration détaillé avant septembre, sans succès. Face à des « promesses génériques » et pour éviter un rapiéçage de fortune, la ville a choisi le « mal mineur » : l’annulation pure et simple. D’après la municipalité, un report à l’automne a même été écarté en concertation avec les acteurs locaux, les risques météorologiques de novembre et la baisse de fréquentation menaçant la viabilité de l’événement.

Une ardoise salée et un avenir à quatre roues

Pour Ospedaletti et, par extension, pour toute l’économie de la Riviera allant de Sanremo à la frontière azuréenne, le manque à gagner est brutal. Le comité d’organisation rappelle dans les colonnes de Riviera24 que plus de 150 participants venus de Belgique, d’Allemagne, des Pays-Bas et d’Espagne étaient attendus. Les hôtels, bars et restaurants locaux voient s’envoler l’un de leurs week-ends les plus rentables.

Et demain ? Comme le souligne l’enquête de Riviera24, un repérage initial mené par le comité et un adjoint aux travaux a chiffré le coût d’une réfection sécurisée à près de 300 000 euros, une ardoise colossale que le maire a publiquement confirmée. La commune en appelle désormais à un plan régional de la Ligurie pour éponger les dégâts causés par les chantiers numériques. En attendant, le message du comité et de la ville est unanime : 2026 est une cause perdue pour la moto. Le regard se tourne d’ores et déjà vers 2027 avec l’espoir de sauver les meubles en privilégiant la Rievocazione automobile. Mais la question demeure : Ospedaletti trouvera-t-elle les moyens de sauver l’unique véritable tracé citadin d’Italie, ou la fibre aura-t-elle définitivement enterré sa mémoire mécanique ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *