Au fond de la place Pierre Gautier, quand on débouche du cours Saleya, un grand portail en fer battu et deux bustes gardent l’entrée. À droite, l’Italie. À gauche, la France. Entre elles, se dresse le Palais des Rois de Sardaigne. Mais attention : le bâtiment que l’on connaît aujourd’hui n’est pas celui d’origine.
Un premier palais aux origines floues
Le chantier initial remonte au début du XVIIe siècle. Entre 1610 et 1613, on construit un premier édifice, inauguré par le Duc Charles-Emmanuel 1er de Savoie. Une époque faste pour Nice et son Comté, portée par l’amélioration de la route du Sel vers Turin et la création du port franc en 1612. Pourtant, les origines exactes de ce glorieux bâtiment restent mystérieuses. Sur les gravures de l’époque, à son emplacement, on ne distingue qu’une « grande maison massive ».
L’âge des agrandissements et des architectes
C’est au XVIIIe siècle que les Rois de Sardaigne décident de l’agrandir, en grignotant une partie du couvent des Dominicains (l’actuel palais de justice). Des architectes marquent alors de leur empreinte son évolution. En 1738, Spinetta fait construire une porte d’accès au Boschetto, ce long couloir d’arbres du jardin royal. Le bâtiment prend alors une forme en U sur quatre étages, que l’architecte Ribotti s’attache à relever.
Mais il faut attendre le début du XIXe pour que le palais prenne son allure définitive. De 1818 à 1825, l’architecte Scoffier mène d’importants travaux de rénovation, à la veille de l’arrivée du Roi Charles-Félix. La façade sud est harmonisée, le vestibule et l’escalier d’honneur sont reconstruits. Les appartements royaux sont réaménagés avec l’aide du peintre Barberi, tandis que le mobilier, lui, voyage depuis les palais de Gênes et de Turin.
De la royauté à la République : une nouvelle vie
Sous la domination savoyarde, le Palazzo Reale de Nizza Marittima brille de ses derniers feux. Le Roi Victor Emmanuel II y reçoit des hôtes de prestige, comme l’Impératrice de Russie, venus hiverner sur la Riviera.
Le 14 juin 1860, le destin du lieu bascule. Après la passation du Piémont à la France, Victor Emmanuel remet les clés du palais à Napoléon III. Le pouvoir se centralise, le bâtiment devient Préfecture. Il faudra attendre un siècle pour qu’un président de la République, Charles de Gaulle, y dorme à l’occasion des 100 ans du rattachement de Nice à la France. Plus récemment, en 2001, c’est dans la grande salle à manger qu’a été signé le Traité de Nice par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne.
