Avis aux frontaliers maralpins et monégasques habitués à filer vers l’Italie les cheveux au vent : la grande époque de la désinvolture sur deux petites roues est révolue. Frappée par le syndrome du « Far West » urbain, l’Italie impose dès le 16 mai une plaque d’immatriculation à toutes les trottinettes électriques, avant de rendre l’assurance obligatoire cet été. Pour les habitants du 06 qui franchissent la frontière avec leur engin, il va falloir se frotter à la redoutable bureaucratie transalpine sous peine de lourdes amendes.
C’est un petit bout de plastique qui signe la fin d’une époque. Six centimètres sur cinq, adhésif, inamovible, affichant trois lettres et trois chiffres séparés par l’emblème de la République italienne. Comme le relate le quotidien piémontais La Stampa dans son édition du 28 avril, ce « rectangle de la discorde » est sorti des rotatives du Poligrafico dello Stato à Foggia. C’est d’ailleurs là-bas que le ministre des Transports, Matteo Salvini, s’est fendu d’une opération communication lundi matin en collant lui-même le tout premier exemplaire sur un deux-roues.
La cible de cette révolution réglementaire, incluse dans le nouveau Code de la Route italien ? Le monopattino, jadis inoffensif vélocipède mû par la seule force des mollets, devenu au sortir de la pandémie une redoutable fusée électrique. Fini le stationnement créatif et le slalom désinvolte entre les piétons. L’Italie siffle la fin de la récréation, et cela concerne directement les Azuréens et Monégasques qui passent la frontière avec leur propre matériel.
Le « targhino », ce nouveau sésame obligatoire à 37 euros
D’après les informations dévoilées par La Stampa sous la plume du journaliste Claudio Laugeri, la tolérance zéro entrera en vigueur le 16 mai. À compter de cette date, tout engin dépourvu de son « targhino » (la petite plaque) s’exposera à des amendes oscillant entre 100 et 400 euros. Une sanction salée qui vise à endiguer un phénomène qui a échappé à tout contrôle. Si la vitesse théorique est bridée à 25 km/h, la loi a rapidement accouché de ses « petits malins » : des utilisateurs chevauchant des engins débridés capables d’atteindre les 80 km/h, transformant les trottoirs ligures et piémontais en un véritable chaos urbain.
Mais comment se mettre en règle avant de traverser la Roya ou de flâner sur la Riviera dei Fiori ? Selon les directives très officielles publiées sur le Portale dell’Automobilista, la procédure requiert une certaine abnégation bureaucratique. Le requérant doit se connecter au portail numérique, remplir un formulaire, fournir une pièce d’identité et s’acquitter d’une obole de 37 euros via le système de paiement de l’État, PagoPA. Ce tarif comprend 8,66 euros pour la plaque elle-même, auxquels s’ajoutent les droits de motorisation, les timbres fiscaux et les commissions.
Et l’affaire ne s’arrête pas là. Toujours selon le Portale dell’Automobilista, il faudra ensuite prendre rendez-vous pour aller retirer physiquement le précieux sésame dans les bureaux de la Motorizzazione civile. Une fois obtenu, le mode d’emploi de l’administration italienne est strict : l’autocollant doit être apposé de manière permanente sur le garde-boue arrière ou, à défaut, sur la colonne de direction, à une hauteur comprise entre 20 et 120 centimètres du sol, sur une surface préalablement nettoyée et séchée. En cas de vol, de vente ou de perte de la trottinette, il faudra, de la même manière, exiger la radiation de la plaque.
Assurances : un sursis estival avant le grand croisement de données
Si l’identification visuelle est actée pour le mois de mai, le volet financier, lui, a obtenu un léger répit. Dans un article paru le 24 avril, la chaîne d’information Sky TG24 rapporte que l’obligation d’assurance pour la responsabilité civile (RC), initialement prévue en même temps que la plaque, a été repoussée au 16 juillet.
Selon une note conjointe du ministère des Entreprises (Mimit) et de celui des Infrastructures et des Transports (Mit) relayée par Sky TG24, ce glissement de calendrier fait suite à une requête de l’Association Nationale des Entreprises d’Assurance (Ania). L’industrie fait face à un défi technologique de taille : faire dialoguer en temps réel la base de données des plaques de la Motorisation avec celle des assurances (Sita Ania). L’enjeu est sécuritaire : lors d’un contrôle, les forces de l’ordre italiennes sauront instantanément si la plaque correspond à une police d’assurance active.
Car la question de l’indemnisation est au cœur de cette réforme. « Il n’est pas acceptable que celui qui est victime d’un accident avec une trottinette ne puisse se retourner contre personne », martelait Matteo Salvini lors de son déplacement dans les Pouilles, cité par La Stampa. Selon les estimations rapportées par le quotidien, cette couverture devrait coûter entre 25 et 150 euros par an selon les garanties choisies.
Le mirage de l’assurance familiale
Attention au piège de l’assurance bon marché. Comme le décrypte judicieusement Sky TG24, les frontaliers français pourraient être tentés de croire que leur classique Responsabilité Civile « vie privée » suffira à couvrir leurs virées italiennes. C’est une erreur qui pourrait coûter cher. La chaîne souligne que de nombreuses polices généralistes excluent expressément les véhicules soumis à une obligation d’assurance RC Auto. Surtout, la loi italienne exige désormais que la police d’assurance mentionne explicitement le code alphanumérique du targhino pour être légalement valable en Italie.
Autre subtilité soulevée par les médias transalpins : le droit de recours des assureurs. Sky TG24 met en garde les usagers sur les clauses d’exclusion en cas d’infraction grave. Oublier son casque (devenu obligatoire depuis fin décembre 2024), transporter un passager illégalement ou rouler en état d’ivresse pourrait autoriser l’assurance à se retourner contre le conducteur pour rembourser les dommages. Les massimaux minimums exigés par la loi italienne témoignent de la gravité potentielle des sinistres : 6,45 millions d’euros pour les dommages corporels et 1,3 million pour les dommages matériels.
En conclusion
Le législateur italien referme brutalement la parenthèse libertaire de la micro-mobilité. Pour les habitants des Alpes-Maritimes et de Monaco, la trottinette ne peut plus être considérée comme un simple accessoire de coffre que l’on sort impulsivement pour aller boire un cappuccino à Vintimille ou arpenter le bord de mer de Bordighera. Entre l’inscription au registre, la collecte de la plaque et la souscription d’une assurance interfacée avec l’État italien, l’escapade transfrontalière demande désormais la même rigueur administrative que l’achat d’un scooter thermique. La mobilité douce, en Italie, a définitivement perdu son innocence.
