Après un quart de siècle au pouvoir, Jean-Pierre Vassallo cède la mairie à Sylvie Calvin-Moreau. Une défaite scrutée de près par la presse piémontaise, qui salue la sortie d’un fervent défenseur de l’axe franco-italien.
L’histoire continue, les pages se tournent, les chapitres s’enchaînent. Comme pour les belles histoires, tout a une fin. C’est le cas également pour la ville de Tende où, après 25 ans de mandat, le maire Jean-Pierre Vassallo passe le sceptre et l’écharpe tricolore à Sylvie Calvin-Moreau. La province de Cuneo garde de cet élu royasque un beau souvenir, en lui dédiant un article, paru le 23 mars, que nous voulons relayer comme remerciement. Les frontières n’ont pas de lignes marquées au sol, et ce n’est qu’une barrière mentale…
Une barrière mentale que l’édile sortant s’est justement acharné à pulvériser. Vu du Piémont, le séisme politique est de taille. Dans ses colonnes, le média piémontais TargatoCN acte la « défaite historique » d’un homme et la victoire de Sylvie Calvin-Moreau, devenue, avec 56,73 % des voix, la première femme maire de la commune. Mais pour nos confrères transalpins, cette bascule locale solde avant tout une longue saison politique à l’ADN profondément transfrontalier. Le journal voit en Vassallo l’incarnation d’une identité européenne « avant la lettre », un élu pour qui la solidarité organique entre les vallées balayait les limites géographiques.
Coups de gueule et fracture territoriale
Gouailleur, clivant, l’homme ne laissait pas indifférent. Le média de la province de Cuneo dresse le portrait d’un dirigeant direct, habitué, selon l’expression italienne, à dire « le pain au pain et le vin au vin », quitte à froisser. Mais d’après l’analyse de TargatoCN, cette franchise brute s’est heurtée à l’usure du temps et à une fracture géographique interne. Les journalistes italiens pointent une distance fatale avec les hameaux de Vievola et surtout de Saint-Dalmas. Les urnes de ce dernier se sont d’ailleurs avérées « décisives » dans la chute du sortant, terrassé par une adversaire ayant savamment capitalisé sur un message de renouveau et d’écoute.
La voix des ruines et du tunnel
Si le mandat s’achève, la presse italienne retient surtout l’homme des crises. TargatoCN convoque le souvenir « indélébile » de la tempête Alex, ce 7 octobre 2020 où Vassallo, au milieu des ponts éventrés, servit de guide à un Emmanuel Macron héliporté. Le quotidien rappelle que c’est en prêtant sa voix grave à une « communauté isolée et épuisée » que le maire a arraché à l’État de premières promesses chiffrées à plus de 100 millions d’euros.
Même pugnacité relevée sur le chantier interminable du tunnel de Tende. L’article paru ce 23 mars remet en lumière sa bataille féroce contre les retards de ce cordon ombilical italo-français. Les rédacteurs piémontais n’ont pas oublié sa saillie cinglante, qualifiant la réouverture d’un « non-événement » et d’un « miracle » pour mieux souligner qu’il ne s’agissait que d’une banale « réparation due à un territoire pénalisé ». En guise de synthèse, TargatoCN tire un trait philosophique sur ce quart de siècle : au-delà de la déroute électorale face à Sylvie Calvin-Moreau, l’héritage de Vassallo restera celui d’un bâtisseur de ponts avec la voisine italienne. Un axe fraternel robuste qui, lui, devrait survivre aux soubresauts de l’isoloir.
L’étreinte de la société civile
Cet hommage médiatique trouve d’ailleurs un écho direct au sein de la société civile piémontaise. Sur le groupe Facebook dédié à la commune, les messages d’affection enjambent le col. À l’image de cette publication d’Armando Erbi’, cuneese, qui salue un « grand maire et ami » ayant guidé Tende avec « intelligence, dévouement et ténacité ».
Évoquant lui aussi l’engagement acharné de l’édile lors de la reconstruction post-inondation, cet internaute transalpin regrette amèrement la sortie de piste de Vassallo : « Une figure qui aurait mérité une reconnaissance et un départ à la hauteur de tout ce qu’il a donné à sa communauté », écrit-il, avant de conclure par une « forte étreinte ». En guise de synthèse, TargatoCN ne s’y trompe pas en tirant un trait philosophique sur ce quart de siècle : au-delà de la déroute électorale, l’héritage de Vassallo restera celui d’un bâtisseur de ponts. Un axe fraternel robuste qui, manifestement, survit déjà aux soubresauts de l’isoloir.
